La grande Saga du snowboard

Une vallée gâtée par la nature, une mystérieuse rencontre et des précurseurs inventifs ont fait de Serre-Chevalier LA station du snowboard dans les années 90. Un heureux concours de circonstances !

Le premier contact remonte à l’hiver 1985. Deux extraterrestres venus de la planète océan dévalaient les pentes de Serre-Chevalier sur un objet glissant non identifié. Bien sûr les témoins ont cru à une rencontre du troisième type et cette collision visuelle en inquiéta plus d’un, mais pas Didier Moranval. A cette époque il est moniteur de ski à Villeneuve. Quand il voit débarquer le phénomène il ne résiste pas à l’envie d’approcher les deux hommes grenouilles ! L’année précédente, le cultissime Apocalypse Snow avec Régis Rolland avait fait grand bruit lors de sa diffusion aux Nuits de la Glisse. On y voyait pour la première fois un homme surfer des champs de poudreuse. Didier Moranval a passé des heures à visionner la cassette pour comprendre « comment tout cela marche ». La prophétie se concrétisait : les frères Sarran, Basques naufragés dans les Hautes-Alpes venait d’importer le tout premier Winterstick, une planche de surf des mers revisitée pour évoluer sur la neige. Grâce aux hommes en néoprène, il peut enfin la toucher. Didier l’examine sous tous les angles, se rencarde sur la technique de fabrication. Quand il quitte les Biarrots, il n’a plus qu’une idée en tête : s’y mettre au plus vite.

Les précurseurs

Au début, ils ne sont qu’une poignée d’uluberlus à pratiquer le snowboard sur des planches bidouillées. Né aux Etats-Unis, le « surf des neiges » - on l’appelle ainsi à l’époque - reste confidentiel. En France on ne trouve aucun modèle en vente dans les magasins, tout est à inventer. Didier Moranval, Denis Bertrand et Xavier Duport ont une vingtaine d’années à l’époque. L’idée de pouvoir retrouver les mêmes sensations qu’avec le surf des mers motive les troupes. A Briançon, dans la cave de l’Auberge du Prorel tenue par les Moranval, ça bricole dur. Le restaurant baigne dans les odeurs de colle… au grand dam des parents ! Didier, aujourd’hui gérant du SnowboardShop Krakatoa se souvient. « On se fabriquait des planches en contreplaqué marine, qu’on « spatulait » à la résine époxy  comme des planches de surf des mers. » La cadette de la famille, Tina, décore les planches à l’aérographe. Francky, le benjamin et futur champion, assiste aux opérations. « Il n’y avait pas de règle. Chacun faisait sa petite cuisine et ses tests dans son coin puis après on partageait nos recettes ! Des footstraps pour les fixations et des après-skis pour les boots… des planches rigides qui pesaient jusqu’à 8 Kg ! C’était très artisanal ! Une descente et c’était la casse ! On passait plus de temps dans le garage qu’à surfer.» Au Monêtier-les-Bains, Denis Bertrand - actuel rédacteur en chef du magazine Snowsurf -, son frère Bruno et Xavier Duport s’activent de leur côté. Le père de Denis est bon bricoleur, Xavier possède une solide formation technique. Tout s’enchaîne très vite : exit les ailerons métalliques, les formes concaves ou convexes héritées du surf des mers, Roland Massé et les Moranval posent les premières carres avec une presse de métallurgie, les planches s’affinent…  et la pratique aussi. En mai 1986, Xavier Duport et Frédéric Malguy réalisent la première descente de la face nord du Dôme des Ecrins, un 4000 mètres, puis les deux comparses remettent le couvert en juillet sur les cailloux de la casse déserte au Col de l’Izoard, une pente à 40°.

La grande œuvre des Bonnes Surfs

En novembre 1986 Denis Bertrand, Eric Audoye et Didier Moranval fondent «  Les Bonnes Surfs ». L’association - au nom prédestiné – rassemble une trentaine de passionnés mus par une ferveur sans borne. En quelques mois Didier et Eric organisent le Grand Prix de France, la toute première compétition de surf des neiges ! « C’était festif et très convivial. Il y avait une centaine de participants au départ, en haut du Prorel, confie Didier. Je me souviens même d’un Hawaïen et de sa planche en mousse et résine époxy qui a cassé au bout de quelques mètres ! » L’événement remporte un large succès médiatique et Denis Bertrand, le local de l’étape rafle la deuxième place. L’association a le vent en poupe et ne compte pas s’arrêter là. Une fois par semaine les Patrice Bovetto, Daniel Laurens, Xavier Duport, Denis Bertrand… se retrouvent pour des réunions très sérieuses, quelques fois arrosées de vipérine locale. Chacun amène son prototype, évoque ses tests et on discute technique. Le brainstorming hebdomadaire a pour effet de doper la créativité et les innovations ne tardent pas.

Made in Serre-Chevalier

Eh oui ! C’est à Serre-Chevalier que les fixations modernes ont été inventées, et le père de cette avancée technique déterminante n’est autre que … Xavier Duport ! Jusque là, en France, les surfs n’étaient équipés que de sangles ; aux Etats-Unis, Burton proposait un système de coques fixes. Avec le Roto Système 1000 de Xavier, le surfeur peut désormais déchausser rapidement et adapter librement l’angle des pieds sur la planche. Le GéoTrouveTout a même prévu une option libre avec rotation de 30 ° des pieds ainsi qu’un un dispositif de déclenchement en cas de chute. Révolutionnaire ! Le Roto Système est constitué de deux embases rotatives réglables, sur lesquelles vient s’enclencher une coque intégrale en polyoxyméthylène transparent. Conçu par Xavier puis usiné au lycée technique de Briançon, le principe des disques réglables équipe aujourd’hui toutes les planches ! Côté coques, la structure garantit un maintien du pied en back side et une souplesse de flexion en front side, avec deux options au choix : semi-rigide ou rigide. Pour ceux qui portaient à l’époque des bottes Nava, réputées très souples, le choix était vite fait ! Dans la foulée Xavier crée Roto 2000, un modèle de fixations « enclenchables » sur le même modèle que ceux existant pour le ski. Il présente pour la première fois ses inventions en mars 1987 à Grenoble où se tient l’incontournable Salon International des Sports d’hiver et de la Glisse (SIG) sous la marque To Fun. Des idées, Xavier n’en manque pas. Il est bosse déjà sur un nouveau projet qui va faire la réputation Serre-Chevalier !

La Mecque du snowboard

Xavier Duport s’est inspiré des rampes de skate. Une armature en terre préformée recouverte de béton doublé d’un système électrique et hydraulique pour la réfrigération, des éclairages pour les nocturnes et une mise en musique, voilà pour le concept. Côtés mensurations : 95 mètres de long, 12 mètres de large, 9 % de pente… lors de son inauguration le 5 décembre 1988 à l’Ararvet, le Fun Park de Half-Pipe fait sensation. Et pour cause, c’est le tout premier snowpark permanent au monde ! A l’époque la direction du domaine skiable croit en l’avenir de cette « nouvelle glisse » et soutient les initiatives. La station « des fous et des dingues » organise le 4ème Grand Prix de France, l’épreuve de half-pipe fait son entrée… Dans les années 90 Serre-Chevalier devient la Mecque du snowboard. Tous les snowboarders ne jurent plus que par elle, ses hors pistes mythiques, ses forêts et ses espaces dédiés à la nouvelle glisse. Philippe Gilbert crée le Club de snowboard de Serre-Chevalier (voir encadré) puis la première école de surf  « Génération Snow » en 1995.  Le surf dit à coques fait son entrée massive sur les pistes et prend bientôt le pas sur l’alpin dit à plaques. Les pratiquants en baggys larges et gros bonnets revendiquent leur différence avec leurs prédécesseurs trop rattachés au ski à leur goût. Ils apportent un vent de liberté et folie.. c’est la naissance du freestyle et des épreuves de border-cross. La pratique change à nouveau. Un deuxième half-pipe est créé à Villeneuve qui accueille en 2003 la Coupe du Monde de Snowboard… l’apothéose ! Après une ascension fulgurante, le snowboard perd depuis quelques années du terrain, remplacé progressivement par le ski freestyle et freeride auxquels il a ouvert la voie. Mais attention, le surf de neiges est loin d’être enterré… alors pourquoi pas un petit border-cross ? A moins que vous ne préfériez le Snowpark, ou la Mélézone ! Moi je vote pour les arbres !

 

Céline Geoffroy

 

 

 

Un club 100 % indépendant !

Francky Moranval, Julien Bourguignon, Gary Zebrowski, Sam Zartarian, Thomas Parfait, Niels Régnier…  tous ces champions ont fait partie du club de Serre-Chevalier. Et pourtant tout ne fut pas si facile !

Octobre 1993, la nouvelle tombe : après 3 ans d’existence le Club des Sports d’Hiver du briançonnais ferme sa section snowboard. C’est un drame pour les espoirs du surf alpin qui misaient gros sur la saison. Philippe Gilbert leur entraîneur fonde mi-novembre, le Club de Snowboard de Serre-Chevalier. A l’époque les champions s’appellent Francky Moranval, Daniel Laurens, Claire Rosello ou Julien Girault. Les budgets sont très serrés et les besoins énormes. L’aide vient alors du syndicat intercommunal. Les licenciés brillent sur les courses d’alpin, et le club organise en 1995 les championnats de France senior et les tout premiers championnats de France jeunes. Suivront ensuite les Championnats  de France Senior  en 2002 et la Coupe du Monde 2003 avec une épreuve de half-pipe et un slalom géant parallèle. Mais le monde du snowboard est en proie à des luttes intestines. En 2005 l’AFS perd son agrément. La fédération reprend les rennes et condamne une cinquantaine de clubs de snowboard à la fermeture. Philippe Gilbert, trouve des soutiens financiers, sort une nouvelle fois le Club de l’impasse, et relance même le Derby de Serre-Chevalier en 2008. Aujourd’hui le club compte une centaine de licenciés et affiche volontiers une totale indépendance. Après 16 ans de bons et loyaux services, Philippe Gilbert a choisi de céder sa place pour se consacrer totalement à son école de surf « Génération Snow ». Véritable artisan du snowboard, il a largement contribuer à fédérer les énergies, à structurer ce sport et à encourager les talents. Merci Souris !

 

 

Portraits

Le premier pro: Francky Moranval : de l’alpin au freeride

Quand en 1986 Francky monte pour la première fois sur un surf, il collectionne déjà les victoires en ski.  Très vite il cours en Coupe de France qu’il remporte en 1989, il a alors 20 ans. Figure locale montante Francky participe même à une campagne nationale de publicité pour Briançon où on le voit surfer cheveux au vent… Repéré par des sponsors, il se professionnalise et monte en compagnie de 5 autres riders un team privé avec coache et médecin. La classe ! Quand il ne court pas, Francky s’entraîne aux quatre coins de la planète, et en 1995 il devient champion d’Europe de Slalom parallèle. Avec 4 victoires en coupe du monde, une 16ème place dans le top mondial,  il fait encore figure de référence aujourd’hui. Organisateur pendant 10 ans  du Derby de la Meige qu’il a remporté par trois fois, il n’a rien perdu de son engagement. Il y a huit ans il effectuait encore une descente de la face nord du Rateau et ses 58 ° sur le domaine de la Meige ! Désormais Francky vit avec sa petite famille entre Hawaï et La Grave où il a créé avec sa sœur Tina « Band Of Boarders » sa propre  école de freeride. Cet hiver, il organise l’Ultimate Test Tour qui rassemble pour quatre étapes la crème de la crème des fabricants de snowboard : une trentaine d’artisans shapers qui offriront à ceux qui le souhaitent la possibilité de tester des planches uniques ! On en salive d’avance…

 

Niels Régnier : la relève

A 14 ans, le jeune snowboarder de Serre-Ratier n’a pas froid aux yeux. Son rêve : devenir le meilleur.

Le snowboard et toi c’est déjà une vieille histoire d’amour…

Mes deux frères (ndlr. Sam et Julien Zartarian) faisaient du snowboard alors que je n’étais pas encore né. Ce sont eux qui m’ont donné envie de m’y mettre. J’avais quatre ans lorsque je suis monté pour la première fois sur une planche. Pour moi, surfer c’est d'abord le plaisir et la liberté. Quand je suis sur mon snow je suis heureux. J’aime la sensation de glisse et surtout l'adrénaline que l’on peut ressentir quand on fait des figures.

Quel snowboarder t’inspire ?

Je n’ai pas vraiment de modèle, même si Shaun WHITE  (Champion Olympique en 2006 à Turin) me donne envie de progresser. Il vraiment très fort. J’aimerais prendre sa place un jour…

Tu es plutôt freestyle ou freeride ?

J' adore le freestyle. C'est une discipline qui demande beaucoup d'engagement. Mais le freeride constitue la base de la glisse que l’on pratique le snowboard ou le ski. Les anciens apprenaient dans la neige fraîche !

Quelle est la vie d’un jeune de 14 ans qui fait du snowboard ?

J'habite avec mes parents au Chalet Hôtel de Serre Ratier, sur le domaine skiable de Chantemerle. Donc, l'hiver, quand j'ai cours je me lève à 6 h 15, p’tit déj, habillage, bisous papa, bisous maman… puis descente de la Luc Alphand à fond pour se réveiller, (enfin quand il n’a pas neigé sinon je prends tout mont temps) journée en cours et remonter en quad ou téléphérique suivant l'heure à laquelle je finis l'école. Sinon, je ride toute la journée. Et l’été, je m’entraîne. En septembre dernier, j’étais en Nouvelle Zélande. A ce titre je voudrais remercier valérie Bourdier, mon team manager de chez Nitro Snowboard, et Philippe Hamon de Mc Donald’s et Serre-Chevalier Vallée qui m’apportent énergie et soutien.

Quel est ton palmarès et quelles sont tes ambitions ?

Champion de France 2006 , vainqueur de la coupe de France 2007, Champion de France de pipe et de slopestyle 2007, Champion de France de pipe 2009, 2° au classement générale de la coupe de France 2009. A l’international : 3° du Burton European Open à Laax, une victoire lors la World Rookie Fest à Livigno en 2008 et une participation au Championnat du Monde junior de pipe 2009. J’aimerais gagner la Coupe de France 2010 et participer au championnat du monde 2011. Et puis pour les années à venir je ferai tout pour participer aux JO 2014 ou 2018.

Il y a eu beaucoup de bons snowboarders à Serre-Chevalier. Lequel tu retiendrais ?

Je retiendrais Pierre VAULTIER car c'est un snowboarder exceptionnel. Et Gary ZEBROWSKY.  

Qu’est-ce que tu penses de la station de Serre-Chevalier pour la pratique du snowboard ?

Dans les années 90, la pratique du snowboard a Serre-Chevalier s'est bien développée, en créant par exemple un snowpark et un biopark, je regrette juste qu’il n’y ait plus de pipe.

Les meilleurs spots de la station ?

Serre-Chevalier est une station formidable pour le free-ride, mais je ne peux pas vous aider, tout le monde ira et finis les meilleurs spots. Désolé !!

 Article de Céline Geoffroy, publié en 2010 dans Serre-Chevalier Altus Magazine



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